« Les médias sont-ils tous de droite? » C’est autour de ce sujet un tantinet provocateur et ironique que ce sont retrouvés sur l’espace « Pierre Bourdieu, un hommage » une vingtaine d’avatars de Second Life pour écouter et débattre avec l’auteur de ce livre, Mathias Reymond. L’enjeu de cette conférence était de faire ressortir l’idée que les médias (en particulier les journaux papiers et télévisés) étaient influencés par des idéaux de droite sans pour autant être attachés à des partis politiques. Mathias Reymond dénoncerait-il une désinformation blanchie ? Ou aurait-il poussé trop loin son analyse jusqu’à faire de la désinformation lui-même ?
La presse francophone et plus généralement les médias, ont une image de liberté. Pourtant ce n’est pas tout à fait l’avis de Mathias Reymond qui dénonce un consensus de fond à brider certains idéaux, en particulier de gauche, pour les monter en blanc en neige pseudo-capitaliste. L’homme est docteur en sciences économiques et a fait des médias sa spécialité. Il a d’ailleurs contribué à fonder une association, ACRIMED, dont les travaux consistent à rédiger des postulats pour une presse libre et « immaculément » impartial. L’auteur connait donc particulièrement bien son sujet, et la plupart des invités étaient bien enclins à réagir…
L’intervention de l’auteur s’est découpé en deux parties, illustrées chacune par les élections présidentielles de 2007 : dans un premier temps, il s’est intéressé à la considération des « petits partis » au vu des médias, puis dans un second temps, son argumentation s’est appuyé sur la thèse d’ »une gauche que l’on cherche à tout prix à droitiser ».
Cette première partie a été plutôt convaincante. L’économiste a prouvé, par de nombreux exemples et faits avérés, que les partis politiques dits « petits » (c’est à dire hors UMP ou PS) sont dénigrés voir méprisés par les médias en camouflant leurs idées par des méthodes de détournements (coupure de la parole, parler des autres partis etc.). En effet, depuis que les Verts, Partis Communistes, MPF et consorts ont droit au même temps de parole que les « grands », les médias manipulent les règles pour mettre en valeur les deux ténors de la politique française en écrasant les autres. Mais cette « victimisation » a réussi à d’autres, comme le MoDem de François Bayrou qui su exploiter en 2007 cette injustice lors d’une intervention mémorable au journal télévisé de TF1 où il dénonce « la mise à l’écart d’intérêt » des partis comme le sien.

Ces accusations de Mathias Reymond remettent toutefois en cause l’éthique du métier du journalisme. Certains « oui-dire » mordaient carrément la ligne de la bonne foi. Certes, une partie des journalistes français sont soumis aux lobbies internes de la publicité, les relations politiques de leurs patrons ou encore de leurs propres convictions, mais doit-on pour autant généraliser ? L’auteur explique dans son exposé que le média ne peut être objectif fondamentalement. Mais il se contredit lors de la séance de questions où il approuve l’idée que le journaliste peut être objectif dans sa profession et avoir personnellement des affections politiques, qui ne rentreront jamais en compte dans son travail. Pour ma part, il existe encore de « bons » journalistes, de la vieille école d’ailleurs, qui font toujours preuve de professionnalisme et de neutralité à tout épreuve, bien qu’ils aillent eux même dans un bureau de vote. Je citerais, pour la parité politique, Jean-Michel Appati (plutôt à droite) ou Serge Moati (plutôt à gauche) que je vous recommande pour leur ouverture d’esprit.

La seconde partie de l’intervention critiquait le fait que les médias français chercheraient à « droitiser la gauche » pour la fondre dans le moule d’une droite omniprésente. Une thèse à demi-justifié. Effectivement, lors de l’élection présidentielle, les médias ont pour beaucoup critiqué « l’archaïsme de la gauche », un avis qui s’est travesti en vérité générale. Toutefois il faut aussi prendre en compte que la « vieille gauche » est allumée depuis une bonne dizaine déjà, notamment parce qu’elle a toujours fait le yoyo entre la nostalgie du glorieux Mitterandisme et la nécessité de s’adapter au contexte économique actuel : la libéralisation des marchés. Jospin avait même dit : « La mondialisation il ne faut pas la combattre, il faut l’encadrer ». Dire que les médias veulent domestiquer la gauche est une idée un peu grossière. La crise de la gauche aujourd’hui trouve son origine dans sa désorganisation et l’incapacité de se réunir autour d’une ligne directrice.
Une conférence particulièrement intéressante cela dit et la thèse défendue par Mathias Reymond est loin d’être idiote, car appuyée par de nombreux exemples pertinents. Toutefois, je lui reprocherais d’avoir fait systématiquement référence à Pierre Bourdieu, grand sociologue français, et le présenter comme le prophète de la pensée objective. Bourdieu fut avant tout un politicien clairement orienté à gauche, et contredit par son rapprochement avec Michel Rocard, socialiste centriste ouvert à… droite!