Le camping sur Second Life a fait parti des méthodes les plus populaires pour se faire un peu d’argent. Mais cette pratique aussi peu rentable qu’injuste est-elle pour autant en voie de disparition ?
N’espérez pas que je vous recommande quelques bonnes adresses de campings pour vos vacances cet été. Non, je ne me suis pas reconverti en journaliste pour le Guide du Routard… Quand je vous parle du camping dans InVWorlds, je fais bien référence à ces avatars malpolis qui ne vous disent jamais « bonjour », ces Stakhanov du lessivage du parquet, ces drogués aux anxiolytiques qui scotchent niaisement une grosse boule verte… tout ça pour quelques L$ amplement pas mérités. Le camping sur Second Life n’a aucun lien avec le lieu de vacances de Dédé, Bébert, Bibi et leur orchestre, si ce n’est la possibilité de se prélasser en écoutant le chant des oiseaux après la sieste.
Le concept du « camp » sur Second Life est assez simple. Il consiste à prendre position sur un emplacement prévu à cet effet, attendre que le temps passe et voir tomber 1 ou 2 L$ toutes les quinze ou vingt minutes. Une simple interaction avec un objet (une chaise, une boule, un matelas pneumatique… un balai) suffit pour « camper » pour peu qu’il mentionne l’étiquette adéquat (ex : « 2 L$ every 15 minutes »). Encore faut-il que vous connaissiez les endroits qui proposent ce genre d’ »activité » (rire jaune), qui d’ailleurs se font de plus en plus rares.
En effet, les adresses de « camp » sont aujourd’hui très parcimonieuses, bien qu’elles connaissent encore de nombreux adeptes. Il y a moins d’un an, le camping était encore une fonction très populaire. Rares sont les sims qui ne proposaient pas un banc ou un plot de danse pour donner aux newbies l’occasion de gagner quelques sous. Mais d’où vient cet argent me demanderiez vous ? Pas du ciel non, encore moins de Linden Lab. Les sims owners prévoient un budget « camping » qui sera redistribué aux avatars usant de ce système. Malheureusement ces responsables ont vite été victimes du succès du « camp », dans lequel les noobs en quête d’une improbable fortune se jettent en masse… Les sommes engrangées ont donc été réduites (autrefois 4/5 L$ par quart d’heure, plus que 1/2 L$ aujourd’hui) pour ne pas trop dépouiller les heureux donateurs. Ce coup de serpe dans le budget a eu également pour conséquence une désertion des points de camping et leur suppression partielle, ajouté à cela une remise en question de ce système que beaucoup considèrent comme injuste.
Le camping, un système de plus en plus controversé
Que l’on ne s’y trompe pas, l’introduction du camping dans Second Life n’avait rien d’une action caritative, en tout cas pas pour une large majorité de sims owners. Le camping propose en effet des avantages certains pour les responsables de sims, à commencer par une amélioration du traffic. En plaçant des points de « camp » un peu partout sur leur(s) land(s), les sims owners gonflent artificiellement l’audience et jouent malicieusement sur le système d’index de « classement’ du moteur de recherche de Second Life. Ainsi, quand un internaute fait une recherche pour trouver le club le plus populaire de la communauté francophone, il tombera prioritairement sur celui qui aura eu la malhonnêteté de placer des points de camp un peu partout. Bien sûr, il faudra que le propriétaire ait les moyens d’arroser les campeurs pour maintenir son audience au top. Le succès c’est de l’argent, dit-on ?
Les réunions de campeurs n’ont pourtant rien de conviviales et d’attractives. Elles donnent l’illusion de vitaliser la sim alors qu’au contraire, elles contribuent à la dépérir. La présence d’un point de camping est frustrante pour l’utilisateur qui souhaite échanger quelques banalités avec un badaud, car il a devant lui une colonie de zombies aussi prolixes que Bernardo et aussi chaleureux qu’un fan-club de Léon Tolstoï. Pas très sympa donc…
L’agglutinement de points verts sur la carte est donc souvent trompeur, mais profite de l’effet de masse qui va inéluctablement attirer le voyageur en recherche de curiosité. C’est aussi un bel argument marketing pour certains businessmen peu scrupuleux qui utilisent des valeurs de traffic factices pour vanter un succès totalement artificiel. Bel exemple que cette photo ci dessous prise à une dizaine de mètres sous le magasin d’une célèbre créatrice française de bijoux sur SL…
La méthode de calcul de traffic de Second Life remise en cause
Aujourd’hui beaucoup de sims owners ont pris conscience que l’agglomérat d’une population de morts-vivants autour d’une ball de camp était plus pénalisant qu’autre chose, du moins pour ceux qui souhaitent valoriser le contenu de leur sim. Ainsi Koxinell Lane, propriétaire du domaine France 3D, nous indique sur son site qu’elle a pris la décision de supprimer l’ensemble des modules de camping sur ses lands pour la bonne et simple raison que ces zombies n’apportent qualitativement rien d’intéressant aux activités de la région (qui a pourtant été l’une des premières à proposer des solutions de camping dans le paysage francophone).
« [...]nous avons constaté que le groupe des campeurs réguliers, bien que sollicités régulièrement sur nos activités, n’a malheureusement montré aucun intérêt pour profiter de cette opportunité de se divertir ou d’apprendre, préférant se cantonner sur ses 10 mètres carrés d’espace et ne pas perdre quelques dizaines de L$ pendant nos évènements. » Koxinell Lane
Cette décision n’est d’ailleurs pas acceptée avec beaucoup de compréhension. Les campeurs de France 3D ont menacé sa responsable d’une manifestation massive pour qu’elle rétablisse le camping, sur France 3D Courchevel notamment. Ils ont l’air mous comme ça ces zombies, mais ne vous y méprenez pas, ils mordent!
Actuellement les principaux domaines francophones ont banni les campeurs, trop coûteux d’une part et improductifs d’autre part. Seule la région Liberta de Saddam Triskaidekaphobia croit encore au « camp ». Les chiffres lui donnent d’ailleurs raison puisque la sim principale est classée deuxième en terme d’affluence francophone derrière Nosgoth. Cela dit en termes de qualité, c’est une autre question, l’activité est au point mort, au sens propre comme au sens figuré. Mais en terme marketing c’est une bonne affaire, puisque les entreprises (principales cibles du LandBarron) s’intéressent surtout aux chiffres, même s’ils sont trompeurs.
Les chiffres… pour combien de temps encore ? Les failles de la méthode pour le calcul du trafic ont déjà été rapportées aux oreilles de Linden Lab qui a promis d’agir pour mettre en place un nouveau dispositif plus juste. Il se baserait désormais sur l’aspect qualitatif et non plus quantitatif comme ça l’est encore actuellement. Ainsi les messages t’chat, les déplacements, les clics etc… seraient pris en compte pour mesurer efficacement le dynamisme d’une parcelle et, à plus grande échelle, d’une sim. Cela dit, nous attendons toujours ce nouveau système qui ne semble pas vouloir se déployer.
Pour ma part, si les intentions de l’éditeur sont réelles, je me permets d’être sceptique sur ce changement quand Linden Lab lui-même profite -comme il faut- de la vieille méthode. Difficile de passer à autre chose quand on sait que les « bots » (comptes fantômes sans utilisateurs), lourdement employés par la firme américaine sont toujours aussi utiles pour homogénéiser les chiffres de traffic sur le MainLand et ailleurs. Ce n’est donc pas demain la veille que nous aurons l’honneur de constater une audience représentative de l’attractivité d’une sim.
Les campeurs ont donc encore de beaux jours devant eux, même s’il faut leur faire preuve d’un peu plus de recherche qu’autrefois. Cela dit les contestations ont au moins permis une chose : que le camping écope d’une mauvaise réputation et sanctionne la sim qui l’utilise d’une réputation peu flatteuse. C’est le cas de Liberta dont les activités ne font pas l’unanimité dans le paysage francophone.
LeoMaxx Sautereau

















