Désormais, parlons un peu de mon peuple, celui qui m’a été volé par mes pères. Les Lupins représenteraient, à vos yeux, un hybride entre vos loups et vous-mêmes, les humains. De type humanoïde, ils prônent le pacifisme comme règle de vie et ne connaissent donc pas l’art de la guerre ni même les notions de violence ou de haine. Chez eux, un litige se résout toujours à l’amiable et de bien des façons. Le sexe et l’amour y prennent une place prépondérante, servant en quelque sorte de monnaie d’échange ou de moyen de calmer les conflits. Les prêtres et prêtresses servent souvent d’intermédiaires et de juges, allant jusqu’à régler les litiges par eux-mêmes et départager les plaignants. Par ailleurs, les Lupins vivent en communion avec la nature les environnant, utilisant cette dernière pour subvenir à leurs besoins, sans pour autant négliger les arts tels l’architecture, la sculpture, etc. Leurs autorités se résument à ces prêtres et archiprêtresses. Ce rôle n’est réservé qu’aux uniques femelles de la race, qui les conseillent, dirigent, règlent leur conduite à partir des Lois dictées par leurs dieux. Ils ont une confiance absolue en ces représentants divins, leur obéissant aveuglément, et l’idée même de s’opposer aux décisions de ces derniers ne pourrait leur venir tellement l’endoctrinement dés leur naissance est puissant.

Or, Sibyllina, ma protégée, appartient à cette caste d’archi-prêtresses et en est même parmi les plus influentes, de par sa beauté, sa bonté et sa générosité. Habitant la capitale de son peuple qui s’était éparpillé un peu partout sur le continent, colonisant les nouvelles terres dans le respect de la faune et la flore, elle fait en effet toujours partie de celles les plus demandées et passe en réalité plus de temps dans les rues et bâtiments de la ville que dans son temple, aidant ses congénères et résolvant beaucoup de leurs problèmes. Et comme elle est aussi l’une des plus respectueuses des Dieux, ces derniers lui confient de plus quelques uns de leurs pouvoirs, comme celui de flotter dans les airs ou de soigner par apposition des mains.
Mais tâchons de la suivre désormais.
Sibyllina venait de rencontrer un enfant en bas âge, apeuré et plein de chagrin, seul et assis dans un coin d’une rue. Tout naturellement, elle se précipita à son aide, lui demandant ce qu’il lui était arrivé et ce dernier lui fit alors comprendre qu’il venait de perdre, selon toute vraisemblance, ses derniers parents, devenant l’un des très rares orphelins de ce peuple. Elle le réconforta donc en le serrant contre elle puis lui assura qu’elle l’emmènerait jusqu’au temple où les prêtres et prêtresses prendraient soin de lui.
C’est pendant ce gros câlin chaleureux qu’elle reçut l’appel, une voix lointaine et profonde, résonnant au plus profond de son être. Les Dieux l’appelaient et désiraient s’entretenir avec elle, au temple où elle se devait de les rejoindre au plus vite. Enserrant alors l’enfant entre ses bras et le rassurant de mots doux, elle s’envola lentement puis flotta jusqu’à destination. Une fois arrivée, elle le confia aux gardiens du temple avant de courir jusqu’au cœur du temple, faisant flotter derrière elle sa longue robe blanche.
D’autres archi-prêtresses l’attendaient déjà en arc de cercle, dans une atmosphère éthérée et sombre, créant en leur monde matériel une brèche par laquelle les Dieux pouvaient s’exprimer à leurs élues.
Légèrement surprise pas la présence de toutes ses collègues de la capitale, elle s’installa rapidement à sa place, au centre de l’arc, et attendit ensuite patiemment, en position de soumission, que ses maîtres se manifestent.
Ce qu’ils firent bientôt, un concert de voix surréelles remplissant le petit espace et faisant vibrer toutes les louves présentes dans la salle. La raison de la présence de toutes les archiprêtresses semblait somme toute assez simple car les Dieux étaient face à un problème de taille : le Chaotique, comme ils le nommaient désormais, avait réussi à échapper à sa prison, et elles devaient donc rester sur le qui-vive, prêtes à signaler toute indigence de sa part dans les affaires de la ville. De plus, ils avaient une mission très particulière à confier à l’une d’entre elles, et les regards se tournèrent rapidement vers Sibyllina, qui baissa le regard et aplatit ses oreilles, prête à entendre la suite. Ils désiraient que leur archiprêtresse la plus puissante se fasse leur championne et devienne le réceptacle de leur puissance afin de servir d’avatar à leur vengeance. Bien entendu, il n’y avait aucune possibilité de refuser et Sibyllina savait qu’ils parlaient d’elle, tout comme toutes ses collègues qui la dévisageaient, inquiètes. Relevant la tête et plongeant son regard dans les voluptes d’éther, elle répondit avec ferveur qu’elle était prête et confiait son corps à leur bon vouloir.
Prochain épisode : la consécration
Sibyllina, élue par les Dieux pour devenir l’avatar de leur vengeance et totalement transformée par ces derniers, part en quête du dieu du chaos, forte de ses nouveaux pouvoirs. Explications et histoire du-dit dieu et sa fuite vers un autre monde.






