
S’il existe un moyen incontournable de s’amuser dans Second Life, ce sont bien les clubs. Une façon de s’éclater à moindre coût sans avoir les contraintes d’une véritable boite de nuit RL. Ainsi pas besoin de griller toutes ses économies dans une paire de pompes haut de gamme qui vous permettra de dépasser les cerbères à l’entrée. Pas besoin non plus de désigner un capitaine de soirée, puisque d’abord on est souvent seul et puis l’alcool est sans effet (sauf pour l’absinthe). Dans notre monde virtuel, les clubs foisonnent et proposent-en plus de la musique et d’un décor disco- une panoplie d’interactions avec le joueur. La soirée est animée par un DJ, un véritable animateur rl qui pilote le programme musical de la soirée via un logiciel connexe au jeu. Son rôle est également de chauffer la salle en réagissant en temps réel avec les joueurs via la voice. Une façon conviviale et amusante de mettre une bonne ambiance devant notre PC. On peut également trouver des danseuses/strip-teaseuses chargées d’aguicher le mâle fortuné en mal de douceurs et prêts à remplir les tips jar (vases qui rémunèrent les danseuses). En dehors des services « humains », il y a ces gadgets devenus incontournables comme le Sploder -une sorte de Loterie géante- où chacun mise une somme de son choix dans un pot. Ensuite la mise se dispatche aléatoirement entre tous les flambeurs.
La discothèque dans notre metavers est un véritable phénomène de société que je me suis permis de décortiquer comme j’adore le faire. Dans un premier temps, je me suis intéressé aux raisons qui poussent les joueurs à s’amuser « virtuellement » puis dans un second temps, à produire une étude plus mercantile qui analyse (rapidement) le marché des clubs et jusqu’où sont-ils rentables.
Quand on est noob, le premier divertissement qui s’impose ce sont les boites de nuit SL. C’est grâce à ces soirées que l’on peut palper l’aspect communautaire du jeu et se créer ses premiers contacts. Mais le public n’est pas constitué que de débutants. Ces évènements attirent beaucoup de monde et surtout, bénéficient d’une audience régulière et homogène. Mais quelles sont les motivations des clubbeurs ? Tout d’abord l’attrait social. Le premier objectif des joueurs sl est de tisser un réseau social qui peut s’enrichir dans ces soirées. Si la fréquentation du joueur décélère progressivement avec le temps, il y trouve toujours le meilleur moyen de côtoyer la civilisation. Les clubs proposent une ambiance festive qui tranche avec l’aspect un peu monotone du reste du jeu. Il faut dire que les évènementiels francophones ne pleuvent pas dans SL et aller s’amuser en boite est un moyen sûr de rencontrer du monde. Second Life est surtout un salon de discussion géant, les échanges humains y sont donc primordiaux. Les joueurs sont surtout motivés pour établir des liens sociaux entre eux et si possible, chaleureux. Oui car le profil type de l’individu jouant régulièrement à sl est généralement quelqu’un d’assez solitaire en mal de chaleur humaine. Fréquenter un club est un moyen pauvre -mais moyen quand même- de compenser une soirée rl complètement soporifique. Il faut dire qu’entre Louis la Brocante et une partie de SL le choix est vite fait, je choisis Louis.. ^^ Non je plaisante! (mmmmh quoique que parfois…)

Les clubs sont nombreux, très nombreux même. Rien que dans l’espace francophone, on en dénombre plus d’une trentaine. Mais ce surnombre d’établissements engendre une concurrence féroce dont l’issue est souvent imprévisible. D’une manière générale, un night club sur Second Life a une durée de vie limitée à quelques mois, même pour les gros mastodontes. Il profite de l’effet de nouveauté dans un premier temps puis survit grâce aux quelques habitués pour enfin plonger dans la faillite. Les activités festives sur SL sont soumises à un phénomène de tournante. Investir dans un club est un projet à court terme, ou à moyen terme pour les plus chanceux. Pourquoi une durée de vie si faible ? Il faut dire que les clubs subissent beaucoup la mode actuelle. Le public (en général 18-30ans) réclame des styles musicaux spécifiques propre à ce que l’on peut entendre en discothèque aujourd’hui, c’est à dire techno et r’nb remixé. Le programme est quelques fois entrecoupé de slows ou de tubes plus anciens mais le produit actuel reste le cœur de l’offre. Le problème est que tous les clubs proposent exactement la même chose, que ce soit sur le plan musical ou dans le style tout simplement. Beaucoup de projecteurs, des dance-floors flashy’s et des couleurs pétaradantes, voilà ce que 90 % des boites nous proposent. Les DJ ainsi que les managers (ceux qui organisent et choisissent les thèmes de soirée) sont victimes de leur public qui réclame toujours la même chose. Avec une offre si formatée, il est normal, qu’à terme, le public se lasse. Quelques expériences originales ont été lancées pour tenter d’apporter un peu de personnalité à leur club mais ces initiatives s’avèrent en général mal payées. Au pire, quelques curieux vont se féliciter d’une ambiance un peu originale pour une fois. Mais le clubbeur moyen réclamera toujours sa techno impersonnelle et commerciale.. Parce que c’est comme ça ! A moins d’avoir de l’argent à perdre, il est ardu de bâtir un club sur un style un peu moins conventionnel.
Il est amusant d’observer que les clubs sur Second Life sont régis par les mêmes lois que dans la RL. Le culte du superficiel y est roi : des lolitas en shorty qui trémoussent leur derrière pour faire bander le pseudo-bad boy, torse poil de rigueur, racolant ses tatouages de taulard et ses chaînes empruntées à Mister T. Chacun se jauge sur son apparence c’est un fait. C’est le carnaval de Rio ! Pourtant derrière ces masques, tout le monde va aux toilettes de la même façon et tout le monde a regardé Hélène et les garçons quand il était plus jeune.




