Qu’il est opportun et facile de parler d’amour le jour de la Saint-Valentin! Mais qu’est ce que c’est tentant aussi ! Et comme disait Oscar Wilde « Le meilleur moyen de combattre la tentation, c’est d’y céder », je vais donc me laisser à parler de sentiments en ce jour « sacré » pour des millions de cœurs humains.

Un facteur complexe d’intégration sociale
La quête de l’amour fait partie, pour le commun des mortels, des objectifs les plus essentiels que l’on se donne au cour de sa vie. Trouver l’âme sœur est un passage incontournable pour tous ceux qui n’ont pas fait le choix de porter une soutane. L’affection n’est pas qu’un plaisir ponctuel qui soulage la solitude comme on prendrait un cachet d’aspirine pour soigner un mal de crâne. L’être humain a par nécessité un besoin d’aimer et de se sentir aimer. Cette énergie du cœur est bien sûr souvent associée à des désirs sexuels, bien que les courants libertins persistent à défendre l’idée que le sexe se distingue totalement des sentiments. Une théorie tout à fait plausible mais dont la pratique dépend exclusivement des convictions amoureuses de chacun. Mais bien au delà du besoin sentimental, indispensable à notre bien-être, la recherche de sa « moitié » est souvent motivée par sa dimension sociale. Notre société contemporaine est régi par la loi du bien paraître. De cette façon, le « couple » se dessine comme une marque d’intégration et de reconnaissance sociale. Le célibat est aujourd’hui tellement mal vécu que beaucoup se précipitent vers les mauvaises personnes, paniqués à l’idée de subir la solitude et le jugement d’autrui. « Mieux vaut être seul que mal accompagné » un dicton populaire de moins en moins vrai. De nos jours, être seul est un signe d’échec social, en d’autres termes, vous êtes un « looser« .
Virtuel mais tant que ça, l’univers de Second Life ne pouvait pas passer à côté des relations amoureuses. Les rapports sentimentaux qu’entretiennent les utilisateurs entre eux sont particulièrement complexes. Rien d’étonnant, nous sommes tous humains sauf pour les 10 % de bots que nous côtoyons de temps à autre. J’éviterais donc de rentrer dans les détails sachant que ce sujet a déjà été mille et une fois traité et que je ne vois pas quoi je pourrais apporter de plus si ce n’est les similitudes d’intégration sociale qu’entretient le metavers avec la réalité. En effet, même si cet aspect est plus mesuré dans SL, l’importance de se mettre en couple est souvent un passage obligé pour tous joueurs assidus.

Les sincères et les baratineurs…
Nous distinguons deux types de sentiments sur Second Life : le sentiment romantique où les deux partenaires aspirent à un amour sincère et sérieux, puis il y a ceux dont la motivation est de tester leur pouvoir de séduction virtuelle en collectionnant les conquêtes. Comme dans la vraie vie, il y a les salauds/salopes et les victimes… Eh oui tout n’est pas si rose, même au paradis des kiss balls !
Pourquoi le couple a-t-il une telle puissance dans Second Life ? Tout simplement parce que le monde virtuel cherche à imiter la vraie vie et surfe également sur un effet de mode. A un moment donné, nous éprouvons un relatif besoin de nous « caser » pour nous mouler dans des mœurs formatées. Généralement une relation sérieuse mènera au mariage, un évènement totalement officieux dans notre monde virtuel mais qui semble avoir énormément d’importance pour beaucoup de joueurs (les filles mais aussi beaucoup de mecs !). De vraies cérémonies sont organisées et des joueurs en ont même fait leur activité principale tant le succès est au rendez vous. Il existe même une fonction de « partnership » qui permet pour la modeste somme de 10 L$ de voir apparaitre le nom de votre partenaire dans votre profil.

Les relations réelles sont compliquées, les relations virtuelles le sont encore plus
Nous naissons noobs, nous cherchons des amis, un peu d’argent, un boulot puis nous remarquons que des couples « virtuels » existent. « Un couple virtuel, c’est stupide!« … et pourquoi pas ? Vivre l’aventure à deux sur Second Life a quelqu’un d’exaltant et d’amusant. Malheureusement, cette aventure en duo a aussi des effets pervers, notamment après l’usage de mots doux tels que « chéri(e) » ou « je t’aime » dont l’impact affectif appartient au sacré et le réduire à des expressions fictives a quelque chose de blasphématoire. C’est de là d’où vient toute la complexité des liens amoureux dans Second Life. En effet au delà de l’avatar, il y a l’individu et son cœur, installé dans une pièce, quelque fois désespérément seul. L’amour « virtuel » est d’une manière générale tout à fait éphémère car il n’existe tout simplement pas d’amour virtuel. L’amour reste l’amour, qu’il soit lié par la chaleur humaine ou un fil en cuivre.
Faire semblant d’aimer est une défaillance de l’esprit humain, ça lui est impossible autrement qu’à court terme (au cinéma par exemple… et encore ! Regardez combien de couples se sont formés dans ce milieu). La réalité du cœur rejoint souvent très vite la raison. En effet, nous avons tous tendance à nous dissimuler derrière nos avatars et nous déresponsabiliser d’un sentiment naissant. Pourtant les faits sont là : beaucoup de gens éprouvent des sentiments sur Second Life. A force de jouer les amoureux, nous finissons par le devenir vraiment. Je dirais même que souvent, c’est parce que nous éprouvons un sentiment amoureux que nous jouons les amoureux. L’amour n’est pas un crime, même s’il se fait par internet, surtout s’il se base sur la personnalité de l’individu (sur Second Life, nous n’avons que notre « beauté intérieure » pour séduire). L’issue de ces relations est malheureusement souvent triste. Comme le dit si bien Catherine Ringer « les histoires d’amours finissent mal en général » et c’est encore plus vrai dans notre monde virtuel. L’usage pervers du clavier n’arrange absolument rien aux règlements des conflits du couple. Beaucoup de joueurs préfèrent renoncer aux relations virtuelles car elles bouleversent l’équilibre de leur vraie vie, disons le clairement. Des vrais couples se sont séparés parce que l’un des conjoints s’est un peu trop attaché à son partenaire virtuel. Les faits sont là. Mais le célibat sur SL est tout aussi temporaire que la durée de vie des couples. Même le plus borné et le plus convaincu des utilisateurs ressentira le besoin, un jour, de se remettre en couple (quitte à faire la même erreur qu’auparavant).

De belles histoires aussi…
Je reconnais que l’article aborde la relation « virtuelle » sur un ton assez pessimiste. Des cœurs brisés, on en retrouve en pagaille sur Second Life. Mais tout n’est pas si noir et encore moins fataliste. De vrais couples se sont formés dans la vraie vie, certains se sont même mariés.
Snoop Shan et Val Pascale se sont rencontrés sur Second Life. Comme beaucoup de couples virtuels, ils commencent par partager un peu de leur vie réelle, puis un peu plus et se trouvent des points communs, des atomes crochus. Autant d’éléments qui nourrissent une véritable attirance qui sera progressivement exprimée l’un à l’autre. L’échange de photographies, des mots doux qui n’ont rien de ceux d’un scénario de film et un désir grandissant qui les conduira bientôt à une rencontre dans la réalité. Et là c’est le véritable coup de foudre. Aujourd’hui Snoop et Val vivent ensemble… Oui rien n’est impossible sur Second Life. Il n’y a pas de règles établies, juste des circonstances qui feront que vous pouvez y trouver le vrai amour. C’est juste une question de foi et de patience qui n’a rien à voir avec la chance.

Yonathan Slade et Lenor Wylie habitent à plus de 10 000 km de distance. Lui est français, elle est américaine. Ils sont chacun mariés de leur côté. Tous les obstacles se dressent alors devant eux. Mais obstacle ne rime pas avec impasse. Aussi, quand ils se rendent compte que leur amour leur donnera suffisamment d’ailes pour surmonter cette barrière, ils décident de faire le pari fou de se retrouver et de vivre ensemble ! Aujourd’hui Yonathan et Lenor vivent ensemble en France. Et même si leur rencontre n’a pas été exactement comme ils le prévoyaient, c’est bien la preuve que rien n’est impossible dans ce monde tant que nous trouvons la force de se convaincre qu’on peut arriver à tout.
LeoMaxx Sautereau



