Nous avons beau dire que le métier de journaliste rapporte un max de pesos, le messager de l’information reste un voyageur nomade en quête de tuyaux dorés à l’or fin qu’il transforme en morceau de papier parfois mouillé de quelques glaviots. Pas toujours facile d’être reporter dans Second Life. Alors quand on est lassé de couper les blancs de dinde en huit, nous nous décidons de nous poser un moment et de saisir l’opportunité d’un second job. Pour ma part, j’ai choisi les voies du seigneur, pourtant impénétrables…
Cela fait maintenant 11 mois, jour pour jour que j’ai célébré mon premier mariage sur Second Life. Une expérience qui se devait être exceptionnelle au départ et qui s’est peu à peu transformée en vocation, au point que je songe désormais à me faire ordonner dans le monde réel (je plaisante rassurez vous). A l’époque, mon amie Calice Janus et son ex-mari Terry Ballinger se décident à se lancer dans le marché naissant des mariages sur SL avec l’aide d’une autre amie, Lycie Yalin, qui a officié dans l’organisation de mariage RL. Cette activité restait jusqu’à lors assez marginale dans la sphère francophone. Il ne devait y avoir que une ou deux sociétés de mariage à tout casser (notamment celle de Veronique Snook qui a abandonné depuis si je ne fais pas d’erreur -l’intéressée me corrigera si besoin-). Seul problème : Calice n’avait pas de prêtre à disposition. En bon samaritain, je me décide d’accepter l’offre, un peu fébrilement quand même. Il faut dire que je n’ai jamais eu l’occasion de passer devant monsieur le maire ou le curé et d’avoir une trace blanche autour de l’annulaire à la fin de l’été.
Les mariages, un business qui marche
Les sentiments c’est de l’argent ! Et ça, les frimeurs qui roulent en roadster pour harponner la minette l’ont bien compris ! Se passer la corde au cou ne vous sera pas vraiment gratuit, et outre les 25 L$ de frais d’avocats (pour votre futur divorce) qu’il vous faudra mettre de côté, vous devrez dégainer le chéquier pour avoir votre ticket pour le chemin de l’enfer, parfois jonché de quelques petites fleurs je vous rassure.
Ce qui est bien dans les mariages de Second Life, c’est qu’il en y a pour toutes les bourses. Que vous soyez un compulsif de la carte bleue (vous ai-je regardé mesdames ?) ou un accro du camping carbonisé au ricard, vous aurez tout loisir de faire de votre union le plus beau jour de votre vie ou, comme disent les plus romantiques, « Le début de la fin »…
Ainsi les cérémonies de mariage sont à la carte. Vous pouvez vous la jouer mariage « discount » à 1 000 L$ (même si c’est une somme quand même !) ou mariage princier à un tarif composé d’un nombre plein de zéros auquel je n’ai toujours pas appris à compter. Outre la cérémonie et le vin d’honneur, les sociétés de mariage proposent une série d’options gadgets dont on ne peut se passer pour euphoriser son bonheur. Vous pouvez notamment réserver un club, péter un feu d’artifice (que seules les nanas voient.., les mecs sont trop occupés à mater la mariée, « j’aurai du desserrer le caleçon plus tôt ! ») mais aussi prendre une assurance anti-lag, inviter un sosie de Frédéric François ou encore s’offrir les services de Dudu Larsouille pour compléter le casting des invités si vous n’avez pas le légendaire « beau-frère alcoolique ».
Si vous préférez vous la jouer mariage express à Vegas ou union-squatteur-sur-un-autel-qui-n’est-pas-le-vôtre, c’est possible aussi… Des autels de mariage en libre usage existent (comme ceux de Junon Weddings) et les fleurs ne fanent jamais (les enfoirés, ils ont mis des fleurs en plastique !). Ne reste plus qu’à choper le prê..euh célébrant de cérémonie et de confirmer votre acte de mariage devant grand seigneur Linden Lab ! Pour la nuit de noce, vous pouvez squatter chez le voisin, avec un peu de chance le stream du lieu est Slow Radio, parfait pour la fête du « sleep » !
Les mariages, comme si vous y étiez.. ou presque!
D’une manière générale, les femmes sont plus impliquées que les hommes dans l’organisation de la cérémonie, mais ce n’est pas exclusif non plus. Les hommes deviennent de plus en plus romantiques, il n’y a qu’à écouter leurs poèmes d’amour pendant les cérémonies pour s’en convaincre. Les unions virtuels donnent le sentiment, à la fois émouvant et dérangeant, de transcender le cadre de la fiction… Voilà pourquoi le mariage est quelque fois le déclencheur d’une future séparation car il éveille au grand jour la réalité des sentiments d’un des deux partenaires, sauf si les deux ressentent la même chose. Du coup c’est plutôt un Happy End qui brille à la fin de la pellicule.
Se marier virtuellement est souvent bien plus qu’un simple petit jeu pour cœurs sensibles. A l’image de notre société RL, l’union maritale de deux jeunes fiancés porte une empreinte sociétale forte : c’est la reconnaissance aux yeux de tous d’un couple officiel, concrétisé par l’apparition du nom du partenaire dans le profil, aussi appelé « partnership ». C’est donc, en quelque sorte, un acte d’appartenance sentimental qui s’impose (même si ça ne décourage pas les vieux lourdauds dragueurs).
La validation du partnership n’a toutefois rien à voir avec la cérémonie de mariage en elle-même. Les organisateurs et le prêtre n’ont en fait qu’une fonction d’animation, c’est tout. Pour vous unir officiellement « devant Linden Lab », il vous faudra accéder au site secondlife.com et aller dans le menu Partner (rien à avoir avec l’utilitaire Peugeot) pour proposer à votre futur-conjoint(e) les menottes de la promiscuité (il vous en coûtera 10 L$ au passage…).
Une activité blasphématoire aux yeux de l’Eglise! (si, si!)
Dans Second Life, la fonction du célébrant de cérémonie se rapproche de celle d’un DJ. Son intervention prendra la forme d’un « show », mais solennel et romantique, qu’il exprimera sous forme textuel (le plus souvent) voir oralement (moins souvent). Selon le degré de leur foi, les mariés choisiront un mariage de type civil ou religieux, mais c’est souvent ce dernier qui l’emporte, sans doute pour sa valeur traditionnelle.
Il y a quelques mois, j’ai été surpris d’être pris à parti par un véritable prêtre RL qui me reprocha de m’auto-attribuer le terme « prêtre » pour mes activités de mariage sur Second Life. En effet, selon l’Eglise, ce titre ne peut appartenir seulement à une personne qui a reçu le sacrement adéquat. Nous nous demandons alors ce qui l’en est pour le cinéma où les rôles de « prêtres » par des acteurs non ordonnés sont monnaie courante. Quoiqu’il en soit, il est officieusement interdit de se nommer « prêtre » dans notre monde virtuel sans l’être vraiment dans la réalité. D’ailleurs, le port de l’aube est à peine toléré. Cette interdiction reste toutefois marginale car les véritables mariages religieux sont assez exceptionnels. Pour ma part, je ne mentionne jamais le nom de Dieu dans mes discours ni même la moindre allusion à la Bible ou autre document religieux. De ce fait, cette motion de censure est quelque peu sans intérêt a priori.
Allez ne soyons pas sérieux, le mariage dans Second Life reste avant tout un divertissement, même pour les les gens qui s’aiment vraiment (et il y en a!). Sur ce, je vous souhaite à tous de trouver le bonheur, sur Second Life ou ailleurs. Car même dans un « jeu », nous sommes avant tout humains.





Modification d’importance pour cet article. Une source vient de me communiquer que le prêtre RL suggéré dans l’article ne le serait en fait pas du tout. Mais ne serait qu’un simple pratiquant.
Autrement l’interdiction de porter le titre de prêtre est remis en question… Mais il serait quand même bon de vérifier
.
Je vous tiendrai au courant.
Commentaire by LeoMaxx Sautereau — 4 octobre 2008 à 18:19
Un grand nombre de « mariages » s’organise « à la main » : les « futurs mariés », « best men » et « best women » et temoins participent à l’organisation et à la construction d’un lieu magique, propice à la célébration d’un amour profond et sincère … et à la fête. On prend alors une personne chère comme « officier », qui servira soit un discours tout prêt soit un discours écrit pour l’occasion. Voici comment se déroulent une grande partie des « mariages » sur SL.
Une remarque : SL utilise le terme de « partnership », ce qui mettrait le « mariage SL » au niveau de notre PACS… Ceci afin d’éviter les ennuis avec les instances religieuses…
Je tiens juste a souligner un point que les religieux et traditionnalistes de tout poil ont oublié dans l’affaire : Un mariage sur SL, un partnership, est avant tout une union de deux âmes soeurs, la célébration un Amour majuscule, dont la pureté n’a rien a envier à un amour RL… Deux âmes qui s’unissent sans tenir compte de contingences bassement réelles (argent, race, position sociale …), n’est ce pas justement ça, l’essence même d’un mariage, n’est ce pas ce que sacrent les prêtres, pasteurs imams et autres religieux ?
Le terme de prêtre n’est pas employé par les prêtres SL pour son sens religieux, mais pour son sens philosophique : Celui qui consacre des unions, qui « valide », l’amour qui unit deux personnes.
Commentaire by Ice — 5 octobre 2008 à 12:38
quel article interessant de la part de mon future pretre .. eu celebran en ceremonie ^^
Tendres baisers
Minako.B
Commentaire by Minako Bracken — 7 octobre 2008 à 15:31
[...] énormément d’importance pour beaucoup de joueurs (les filles mais aussi beaucoup de mecs !). De vraies cérémonies sont organisées et des joueurs en ont même fait leur activité principale tant le succès est au rendez vous. Il [...]
Ping by Vivre en couple sur Second Life : « Je t’aime moi non plus ? — 14 février 2009 à 15:29