Le grand retour (légal) des jeux d’argent
Les casinos, les loteries, les paris, ainsi que l’ensemble des jeux d’argent ont longtemps été dans Second Life les activités les plus lucratives. La fin du premier semestre de 2007 a été, en quelque sorte, l’apogée financière du metavers avec une création de richesses tellement énorme qu’elle aurait pu y noyer le vieil oncle Picsou. La mesure du 28 Juillet 2007, votée par le gouvernement américain pour interdire l’économie non contrôlée des jeux de hasard et d’argent, a sérieusement appuyé sur la pédale de frein de la dynamique financière SLienne. Alors qu’un certain nombre d’apprentis golden boys en avaient fait leur principale source de revenus, SL comme RL Linden Lab décide d’appliquer la loi non seulement aux Etats Unis mais également sur l’ensemble du globe. La raison ? Elle n’est pas que politique. Si la législation américaine (et française par ailleurs) stipule que les activités de jeux d’argent doivent être encadrées par une série de contrôles visant à limiter les abus (on oubliera les dérives mafieuses évidemment), elle ne prend pas nécessairement en compte la morale qui entoure les questions des paris et du principe « plus je gagne, plus je perds ! ». La fermeture des tables de poker, des roulettes et des machines à sous fut surtout liée à une question d’éthique : les comptes en banques des joueurs étaient virtuellement syphonnés par d’autres joueurs, de façon libre et ludique. Mais quand Linden Lab prétend vouloir laisser le contenu de son jeu à ses résidents, on sent que ses principes filent aussi vite que la caravane du Tour de France.

Depuis 9 mois les choses ont évolué. La suppression des jeux d’argent et de hasard a enfin été consommée après une longue et périlleuse digestion. Il semble, a posteriori de la relative récession de la fin de l’année dernière, que la mécanique financière du jeu retrouve quelques couleurs. Pourtant cette interdiction ne semble pas avoir été totalement appliquée. Si en effet les machines à sous ont été recyclées en 103SP et en marmiton, tout le monde n’est pas dupe et constatera que les plaisirs du billet vert, compulsivement dépensés, sont loin d’avoir les deux pieds dans la tombe. Bien sûr, conformément à la loi, les activités récréatives de l’argent ont disparu mais c’est pour mieux réapparaître. D’anciens détenteurs de casinos ou des petits malins ont trouvé quelques parades pour se faire quelques biftons faciles en exploitant le syndrome du Millionnaire dont sont victimes les joueurs en mal de gloire. Ainsi nous retrouvons de nouvelles méthodes, malignes et originales, pour contourner la législation.
Le Zyngo, vous en avez certainement entendu parler si vous êtes un peu fouineur. Ce « jeu dans le jeu » fait un véritable tabac actuellement dans Second Life, il crée d’importants revenus à ses propriétaires tant il est populaire. Ce jeu de hasard/réflexion se présente sous la forme d’une grille composée de chiffres. En bas, une ligne fait défiler aléatoirement (toutes les 20 secondes) une série de numéros qui peuvent correspondre à certaines valeurs de votre tirage. Il suffit alors de cocher les numéros valides pour gagner des points. Il est possible de faire des combinaisons pour booster son score : par exemple valider toute une ligne verticale ou diagonale. Des multiples variantes existent, avec notamment le SLingo, qui a l’avantage de pouvoir être joué à plusieurs (jusqu’à 25) et qui donnent lieu à de grands tournois qui fédèrent beaucoup de monde. Les parties se composent de 20 rounds. On trouve également le Quince, qui se rapproche des règles du Poker en demandant aux joueurs d’exécuter des combinaisons plus ou moins gagnantes (Brelan, Full etc), le Shroom qui ressemble beaucoup à Tétris en regroupant des formes du même style et enfin le Quartz, qui lui s’inspire du Puissance 4 et se joue essentiellement à deux.

Tous ces jeux ne sont pas que des passe-temps pour retraités ennuyés. Pour y jouer, vous serez obligés de miser une certaine somme dans un pot géant. Plus la mise est importante, plus vous pouvez espérer gagner gros ou… tout perdre! Ce principe chatouille allègrement les barrières du légal mais ne semble pas gêner la conscience de Linden Lab, du moins pour l’instant. Ces divertissements connaissent un tel succès que de véritables communautés se sont crées et se regroupent régulièrement dans des tournois où les mises peuvent atteindre des sommets, jusqu’à 100 000 L$. Le risque est donc bien plus élevé que de gratter un banco après avoir acheter son journal l’Equipe au tabac du coin. Certains joueurs confessent flamber parfois 20 000 L$ par jour, ce qui correspond à environ 70 euro! Ce phénomène « neo-ancien » est susceptible de créer de véritables addictions chez certaines personnes fragiles aux plaisirs du jeu et de l’argent. Même si nous n’en sommes pas encore là, nous pourrions bientôt en reparler, notamment en vue des nouvelles mesures prochainement prises par le gouvernement Fillon pour encadrer plus efficacement les risques addictifs liés à cette catégorie de jeu. Evidemment les dérives de ce type de divertissements ne s’arrêtent pas là. En effet, nous retrouvons la même forme d’arnaque que les anciennes machines à sous car ils se basent sur le principe de soudoyer le joueur de ses économies. En cas de victoire, le joueur est invité (mais souvent obligé) de reverser au moins 20 % de son prix. Ceci correspond donc au cinquième de l’argent total dépensé par les joueurs pour participer à une partie.
Même si les jeux d’argent sur Second Life ne sont plus franchement ce qu’ils étaient, on pourra constater que leur activité est toujours à la une. En attendant « c’est nous qui paye » comme disait un célèbre humoriste !
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