Twinity : le monde virtuel allemand s’ouvre au monde
Dans le cercle pourtant très ouvert des mondes virtuels, il n’y a pas que Second Life, même si ce dernier est confortablement installé sur le trône du roi. Twinity, invention allemande, prend l’épée et le bouclier pour tenter une percée dans cette armée romaine. David contre Goliath ?
Le Web 3.0, prématurément nommé ainsi par ses pionniers, continue son épanouissement dans un environnement socio-économique de plus en plus ouvert à ses principes (développement durable, rapidité de l’information, sédentarité…). La deuxième version du web (blog, galeries photos…) a victorieusement acquis son certificat de démocratisation massive, le troisième opus saura-t-il triomphé de la sorte ?
Le phénomène Second Life est souvent considéré comme l’initiateur de cette nouvelle génération de l’échange distant. En plus d’acquérir et de partager l’information, vous la vivez. C’est ça le monde virtuel : tenter de casser les barrières de l’absence de « physique » en émulant la présence humaine dans un environnement immatériel. Cela dit, ce concept aussi ambitieux que tapageur est quelque peu chamboulé par un démarrage rapide mais cafouilleux. Depuis la mort de Lively, SL est le seul vraiment dans la course, malgré les critiques (mensongères) de la presse populaire à son égard. Malheureusement il est difficile de prospérer dans un marché monopolistique avec l’absence de points de repères. Ni HiPiHi, ni There, pas même le pétard mouillé Lively ne sauront triompher de cette plateforme controversée… Twinity, invention allemande, lancée depuis plus d’un an a-t-il le potentiel pour devenir LE concurrent ?
Twinity est un monde virtuel qui pourrait se situer fonctionnellement entre Second Life et Lively. Il utilise donc des ficelles déjà connues pour lui permettre de s’émanciper au mieux. Nous verrons si ces choix sont judicieux ou pas. A l’origine de ce projet, une jeune entreprise berlinoise fondée en juillet 2006, Metaversum, qui a pris le pari -risqué- de la plateforme virtuelle. Le développement rapide du client a permis d’inaugurer une bêta privée dès le 8 Mai 2007 et une ouverture au public qui s’est ouverte le 5 Septembre dernier.
On s’enregistre et c’est parti…
Tout d’abord, il est important de souligner que Twinity est encore en phase de test (bêta) et que, par conséquent, nous nous devons d’être indulgents quant à l’instabilité du système et à divers plantages. Cela dit, mon expérience dans Twinity s’est montrée particulièrement « paisible » : peu de bugs, aucun freeze… juste quelques bugs de textures. Bref c’est du bon travail de ce point de vue.
L’enregistrement de Twinity passe par son site web. Un visuel un peu dépouillé mais particulièrement lisible. Bien qu’en anglais, l’inscription est facilitée par un système de guidage par étapes simple et rapide. Une minute suffit à créer son compte! Je souligne également que le profil se construit sur le site web, mais il est possible de l’éditer in-game également. C’est propre, c’est net, c’est simple, c’est allemand… Nickel chrome.
Les développeurs se sont toutefois largement inspirés de Second Life dans sa forme. Le chargement du client lui ressemble étrangement, la clarté en plus, mais toujours avec cet aspect un peu épuré. Bien pour le sérieux, un peu moins pour la fantaisie. Au lancement, le logiciel cherche automatiquement des mises à jour et force leur installation. Après une semaine de test, j’ai reçu environ quatre à cinq mises à jour, ce qui prouve que le développement du client est particulièrement actif et semble-t-il régulier. Il est clair que les auteurs de Twinity cherchent à distinguer leur rejeton par sa stabilité et sa simplicité d’utilisation. Encore un bon point.
Des graphismes satisfaisants mais une navigation contrastée
Après une connexion un peu lente mais pas trop, je me retrouve sur le point d’accueil de Twinity. Première observation : les graphismes sont faussement hideux, je m’explique…. Par défaut, le client emploie un mode fenêtré à basse résolution et sans filtrage, ce qui donne l’impression de jouer à un vieux jeu 3D sous interface Java. Heureusement il est possible de modifier les paramètres graphiques et de naviguer en haute résolution/plein écran. A partir de là, je constate que les graphismes sont plutôt corrects, quoiqu’un peu austères (ça ressemble un peu au jeu de cul Singles, sorti il y a quelques années sur PC). Malheureusement, on se sent un peu frustré par les déplacements laborieux de l’avatar, franchement pas évidents. Mon personnage donnait l’impression d’être un traîne-savate se hâtant d’aller passer l’aspirateur dans sa bauge de chambre. Ca laggue pas mal mais c’est surtout lent et paresseux, un peu comme un footing post-frites. Heureusement Twinity fait une petite part à la mobilité…
Question interface c’est beaucoup plus poilant. En gros, Twinity propose les mêmes possibilités que Second Life (encore…) mais de manière beaucoup mieux optimisée et aisée. Peu de fenêtres, et une organisation impeccable des menus. L’essentiel de la navigation se fait au pointé de la souris. On s’habitue rapidement à l’interface, visiblement travaillée pour être la plus fonctionnelle possible. Résultat, mise à part les petites barres d’outils en bas et haut, nous avons une vue parfaite sur l’environnement graphique. Dommage que le client ne gère pas encore les ratios 16/9 et 16/10…
Des possibilités créatives limitées et un environnement fermé frustrant
Si Twinity puise son inspiration dans Second Life, il profite également d’un rapprochement évident avec feu le monde virtuel de Google, Lively. Ainsi la plateforme allemande emploie un système de « rooms » plus confinées mais plus guidées que les lands de Second Life. Leur création est gratuite, c’est leur aménagement qui est payant. A l’image de l’ensemble des mondes virtuels, Metaversum a introduit une monnaie de substitution, le Global, qui peut-être converti en euros/US Dollars. Ce système vous permet d’acheter du contenu pour décorer votre appartement, votre aire ou votre maison. En tant que nouvel inscrit, vous bénéficiez d’une généreuse dotation pour vous aider à démarrer. Elle vous permet d’acheter un peu de décoration de base dans un système qui rappelle étonnamment celui des Sims 2.
Au premier abord, l’aspect créatif semble inexistant, le mobilier, les textures, la construction, semble l’exclusivité de l’éditeur. Le client offre pourtant la possibilité d’importer vos créations mais il vous faudra vous affranchir d’un abonnement mensuel pour cela (mauvaise opération ?). Impossible de savoir de quel montant il sera, puisqu’il le passage en « Premium » est gratuit durant la période d’essai de la version bêta.
L’environnement de Twinity est passablement frustrant. L’espace « accessible » est limité à des surfaces souvent modestes, mais qui proposent une ouverture « visuelle » vers l’extérieur. Du balcon de votre appartement, vous pouvez en effet admirer les rues de la ville, et d’autres buildings… Mais aucune commande ne vous permet de vous y rendre. Claustrophobes, s’abstenir!
Un monde virtuel à construire et à peupler…
Le plus gros défaut de Twinity est logique et prévisible : son contenu. Lancé depuis moins d’un an, concurrencé par Second Life, There ou encore IMVU, le monde virtuel allemand a du pain sur la planche pour de se désincarcérer d’une concurrence écrasante, dans un marché qui se cherche encore. Difficile de mesure l’audience actuelle du metavers étant donné que l’éditeur ne communique aucun chiffre à ce propos. Un silence qui n’est pas forcément de bon augure…
Le concept de Twinity laisse peu d’espace (sens propre comme figuré) aux communautés. Résultat : vous ne croisez personne ou presque! Frustrant pour une plateforme de communication… Même l’accueil de Twinity n’est pas très peuplée, et les quelques badauds (qui donnent l’air d’avoir cherché un lieu avec la mauvaise carte) parlent à 90 % allemand. Si vous êtes français, il est donc recommandé de parler une deuxième langue en espérant que ce soit pareil pour votre interlocuteur. La « Welcome » n’est d’ailleurs pas super bien fichue au passage, l’organisation est brouillonne et les panneaux peu lisibles. Heureusement que le logiciel est facile à prendre en main.
Pour aider à se développer, Metaversum a signé quelques contrats avec de grands noms pour bénéficier d’une flatteuse publicité. Ainsi un accord avec Sony Pictures a été conclu pour la promotion de Quantum of Solace (le dernier James Bond). Le client propose à tous les résidents un « set » d’objets collectors dédié au film de Marc Forster, ainsi qu’une « sim » consacrée à l’œuvre. Mais finalement on se demande si cette intrusion publicitaire ne serait pas néfaste. On connait bien l’impopularité des entreprises dans Second Life, surtout celles qui y sont exclusivement pour se faire mousser.
Je finirai ce test (non exhaustif) par une note positive. Twinity veut donner un aspect « réel » à ces lieux en géolocalisant chaque « room ». Chaque appartement ou maison est en effet lié à une vraie ville du monde entier (je n’ai pas pu tester à fond la précision de la base de données mais elle semble très importante, du moins en ce qui concerne la France et l’Allemagne). Il est donc facile de retrouver un « voisin » dans le moteur de recherche en rentrant simplement le nom de sa commune. Pratique! Évidement tout cela relève encore du rêve, étant donné la fréquentation désertique actuelle.
Un bilan mitigé malgré quelques bonnes idées
Au final, Twinity laisse une impression mitigée. Le client ne manque pourtant pas de qualités, sa réalisation est d’ailleurs sans réel reproche : le tout est soigné, clair et efficace, des avantages certains contre Second Life qui, avoue-le, fait figure d’un certain « bordel », vu qu’on y trouve tout et n’importe quoi. Mais c’est bien là le problème du logiciel du jour, son fonctionnement est malheureusement peu ouvert à la création, même si les options le permettent. La finition presque trop parfaite donne l’illusion que rien n’est à construire alors c’est justement tout le contraire. Metaversum est victime d’une trop bonne volonté de bien faire, tout est tellement facile pour les débutants que les utilisateurs confirmés s’y ennuieront très vite.
Il est regrettable également que Twinity propose un système de « rooms » comme Lively. Cette navigation « morcelée » fait que ces espaces sont désespérément vides et provoquent une certaine frustration, pour ne pas dire déprime. On appréciera cependant la localisation « réelle » de ces salles qui permettent un ciblage précis de la culture que l’on désire côtoyer. Sympa, mais insuffisant.
Si Twinity a des traits de ressemblance avec Second Life dans la forme, il fait figure de juméléité avec Lively dans le fond. Le destin de ce dernier n’inspire rien de vraiment optimiste pour la plateforme allemande…
LeoMaxx Sautereau




























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