Nosgoth fait désormais parti des poids lourds du RolePlay sur Second Life. Le 21 Septembre dernier, le jeu a fêté son premier anniversaire. Une première année enthousiasmante qui a fait naître un vrai concurrent pour l’indétrônable GOR.

Depuis maintenant plus d’un an, le RolePlay poursuit sa formidable progression sur la plateforme Second Life. Aujourd’hui le succès est tel que l’on se demande si la survie du metavers ne lui est pas en partie dû. En effet, le nombre d’utilisateurs pratiquant le « jeu de rôle » a considérablement évolué. Il est désormais monnaie courante de retrouver la mention « rp » dans le profil de nos avatars. Cette acronyme signifie que le joueur pratique le jeu de rôle sur SL, dans l’un des quelques univers que sont GOR et Nosgoth, que nous présentons ici.
Le MMORPG, pour Massive Multiplayer Online Role Player Game (c’est bon soufflez un coup), est un genre de jeu vidéo qui comprend de nombreux titres gratuits tels que Anarchy Online, Knight Online ou encore Slayer Online. Mais ces derniers souffrent d’un handicap : celui du nombre insuffisant de serveurs et surtout d’une sous-affluence, ce qui a pour conséquences de rendre les parties bien ennuyeuses! Second Life bénéficie quant à lui d’un capital d’utilisateurs et d’outils de scripts qui peuvent être employés au développement d’un véritable RPG au sein même de la grille, sans passer par une application indépendante. Si cette initiative a mis quelques temps à se mettre en place, la patience n’aura pas été vaine. Aujourd’hui le jeu de rôle à la sauce SL fait figure de réclame pour attirer de nouveaux résidents.

Un univers issu de la saga de jeux vidéo Legacy of Kain
Nosgoth fait partie de ces RPG « SLiens » à succès qui attirent jour après jour toujours plus d’adeptes. Le 21 Septembre 2008, le « jeu » a fêté en fanfare sa première année d’existence, un évènement pour le moins exceptionnel qui célèbre avec un petit air narquois la réussite d’une alternative à la figure emblématique des RP sur Second Life, j’ai nommé GOR. Cet univers est à la fois un des plus anciens mais aussi le plus populaire. Le concurrencer était un pari franchement audacieux mais qui semble avoir réussi. En effet, depuis quelques temps, l’ambiance controversée de GOR (soumission des femmes, torture, viol…) semble poser quelques problème d’éthiques qui font que bon nombre de joueurs s’orientent vers des jeux plus « softs » comme Nosgoth.
Le nom « Nosgoth » provient directement d’une remarquable saga de jeux vidéo, Legacy of Kain. Ce background, qui s’appuie sur le mythe des vampires, se distingue en deux séries parallèles sensiblement différentes, mais qui font intervenir les mêmes personnages.
Tout d’abord, nous retrouvons Blood Omen qui met en avant le personnage de Kain, un jeune chevalier passé à tabac dans une taverne alors qu’il réclamait une collation pour étancher sa soif. Mais plutôt que de devenir poussière, Kain se transforme en un vampire sanguinaire, avide de vengeance qui, après avoir appliqué la loi du Talion, se verra confier une mission par l’énigmatique Ariel, gardienne des sept piliers : neutraliser les sept mages, gardiens de Nosgoth, corrompus par une malédiction. De cette quête, Kain deviendra le chef et le plus puissant des vampires.

Puis nous avons Soul Reaver, beaucoup plus baroque et fantasmagorique que Blood Omen. Il a également pour héros un vampire, Raziel, mais sympathique celui là. C’est un lieutenant de Kain qui aura la chance « malheureuse » de se voir pousser des ailes avant son propre chef. Humilié, Kain condamnera Raziel à l’enfer, en lui arrachant ses ailes d’une part et en le transformant en une créature difforme. Tombé en bas de l’échelle, Raziel n’aura que pour volonté de se venger de Kain et de briser la toute puissance vampirique sur Nosgoth où les humains sont condamnés au retranchement.

L’édification d’un succès
L’idée de faire de Nosgoth l’univers d’un jeu de rôle sur Second Life, a éclos il y a un an dans la tête de deux adeptes de GOR, Demonia Arliss et Valdis Schnyder. Tous deux fans de l’univers de Legacy of Kain et plus particulièrement de Blood Omen, ils prennent alors le pari un peu fou de recréer l’architecture et l’ambiance de ces jeux vidéo atypiques. En deux jours seulement, et avec l’aide d’une grande buildeuse nommé Laina Dean, ils parviennent à construire une sim et à adapter un système de combat, le CCS (Cola Combat System).
Bien médiatisé, Nosgoth s’attire très vite les éloges d’un grand nombre de roleplayers, souvent issus de GOR ou tous simplement séduits par la mode des vampires. Les terres de Nosgoth s’étendent sur sept sims. Les deux principales sont louées à Désir Flamand et les cinq autres appartiennent à Morgane Nyle, une adepte du RP qui a jugé bon d’investir massivement dans ce jeu. Ces risques seront largement récompensés. En quelques mois, Nosgoth devient le jeu de rôles préféré des SLiens francophones. NosGul, l’île centrale du royaume carpate est le land français le plus fréquenté avec un trafic de près de 70 000 points par jour! Ce succès, dans notre contrée hexagonale, s’explique par la localisation francophone native. En effet, sur GOR, c’est surtout l’anglais qui est pratiqué, et comme vous le savez, l’apprentissage des langues n’est pas le point fort de notre système éducatif. Nosgoth va donc rapidement s’attirer les ferveurs des habitants du langage châtié. Les étrangers sont toutefois présents, car l’univers n’est pas exclusivement francophone, une fois n’est pas coutume.

Un vrai bain de sang!
Le module de baston est emprunté à celui d’un RP non moins connu : City of Lost Angels (CoLA), également basé sur le mythe des suceurs d’hémoglobines. Les points d’expériences récoltés sur NosGoth sont compatibles avec l’univers Cola et vice-versa. En fait, tous les univers employant le système CCS sont interopérables. Les seules limites entre tous ces mondes sont les règles de comportement propres à chaque univers, les TOS (Terms of service).
Sur Nosgoth, mais en fait dans l’ensemble des RP, le champ d’action du joueur se distingue de deux manières : le « roleplay » et la baston. Le roleplay s’établit comme l’incarnation même de votre personnage : son langage, son style, le fond de son âme, son statut social etc. Cette façon de jouer s’appuie sur les conversations et vos rapports avec les autres personnages. Mais souvent cette pratique du MMORPG est considérée comme la plus ennuyeuse et n’a pour but que de planter le décor de vos futures estocades. Les combats constituent donc le noyau dur de Nosgoth. Autant dire qu’un joueur qui ne se bat pas risque de gober les mouches à force de trop bailler. Un petit voyage sur quelques unes de ces sims vous permettra de vous rendre compte qu’une large majorité de joueurs est parée au combat. Les bastonnades sont parfois tellement exclusives qu’elles semblent de plus avoir de fondement si ce n’est un vague prétexte pour planter un pieu de magnésium dans le palpitant de votre voisin, un peu trop porté sur le boudin.

Cela dit les affrontements sont assez bien foutus, notamment sur une plateforme qui a la base n’est pas du tout conçue pour le RolePlay et encore moins pour l’action. Le CCS est plutôt complet. En plus d’améliorer votre niveau et la puissance de votre personnage, vous gagnerez de nouvelles compétences qui vous feront grimper peu à peu dans la hiérarchie vampirique. Si les duels sont plutôt funs et fluides, ce n’est pas vraiment le cas des escarmouches qui se pratiquent à plusieurs. Le lag inhérent à Second Life gâche la fête et l’intérêt du jeu aussi. Les ralentissements très fréquents sur les régions de Nosgoth cassent un peu les efforts qui ont été apportés pour construire ce très beau projet.
Un lien social solide entre joueurs
Même si la castagne et les coups de crocs sont omniprésents, NosGoth n’est pas dépourvu d’un tissu social assez élaboré. Intra-game tout d’abord, de nombreuses guildes et clans rassemblent les joueurs entre eux qui régissent leurs propres règles. Ce principe renforce quelque peu la dimension « roleplay ». Malheureusement ces regroupements sont encore beaucoup trop atomisés pour être nommés « communauté » à juste titre. Pas assez d’adhérents, trop éphémères… Nous sommes dans un monde où la hiérarchie est quelque chose de mal vécu, où chacun veut son sceptre et sa couronne…
Extra-game, Demonia, Valdis et leur équipe accordent beaucoup d’importance à donner un sentiment « humain » à leur jeu en débridant un peu l’aspect « fictif » de NosGoth. Car là où intervient Second Life, c’est dans sa fonction de plateforme de communication où nous échangeons et partageons en tant que personnes. De nombreux évènements sont régulièrement organisés pour rassembler les joueurs entre deux lancers de pierre et ranger le costume de leur perso. Sympa et vivant, c’est aussi l’occasion d’intégrer et de séduire de nouveaux adhérents qui seraient timides à l’idée de s’essayer au RolePlay.

Pour compléter ce dossier, j’ai rencontré Demonia Arliss pour lui poser une série de questions… Je n’ai pas eu de morsure au cou en sortant ^^
LeoMaxx Sautereau: Demonia, j’aurai aimé que tu me dises qui tu es dans SL et qu’est ce qui t’a amené à créer ce RP basé sur l’univers de Nosgoth
Demonia Arliss: Sur Second Life, je suis comme en RL en faite. J’explore, j’aime rencontrer des gens… J’ai beaucoup été sur Gaia, il y a longtemps (sourire) puis j’ai joué à GOR pendant un an. La qualité du RolePlay de Gor est exceptionnelle et les francophones avec Caithris ont une superbe sim. Mais cet univers a commencé à être ennuyeux pour moi, le concept de la femme soumise qui est la base du background de Gor ne me plait pas trop. Donc, avec Valdis Schnyder, mon frère SL, qui aussi fait découvrir GOR, nous avons commencé à travailler sur le projet de NoSgoth qui reprend les grandes lignes du jeu Legacy of Kain.
LeoMaxx Sautereau: Vous avez donc partagé une passion commune pour la saga Legacy of Kain, qu’est ce qui vous a séduit dans ces jeux video ?
Demonia Arliss: Kain ! L’histoire est énorme, pour le comprendre il faut avoir joué à tous les jeux, notamment au premier qui était en 2D. Le personnage de Kain est vraiment phénoménal (sourire). Tu as vu les piliers ? on les a refait.
LeoMaxx Sautereau : Oui (sourire). D’ailleurs avez vous eu des difficultés à recréer cet univers ? Comment s’est déterminé le choix entre l’ambiance de Soul Reaver plus baroque et Blood Omen, plus gothique ?
Demonia Arliss: Pour le recréer, nous avons une buildeuse de talent, Laina Dean. Même YadNI (LMS : YadNI Monde) a reconnu qu’elle était vraiment douée. Elle script et build, c’est vraiment incroyable. Pour l’univers, nous n’avons pas vraiment repris l’univers d’un jeu en particulier, nous avons adapté ce qu’on aimait dans ces jeux avec ce qu’il était possible de faire. C’est pourquoi le CCS (Cola Combat System – Système de combat employé dans Nosgoth) a été déterminant dans la création du background ici.

LeoMaxx Sautereau: En quoi Nosgoth diffère-t-il d’autres jeux comme GOR ?
Demonia Arliss: On peut gagner de l’expérience et monter en LVL (LMS : Niveau d’expérience qui accroit les capacités). Nous avons également des « skills » (LMS : compétences de combat) selon la race et la classe d’un joueur. C’est un peu comme des magies ou des capacités, plus un joueur a un LVL élevé, plus ses skills sont puissants
LeoMaxx Sautereau: En testant l’univers Nosgoth, j’ai remarqué que les combats avaient une place presque exclusive, n’as tu pas peur que ça puisse lasser les joueurs à moyen terme ?
Demonia Arliss : En faite, tout le staff de NoSgoth se « bagarre » pour maintenir une certaine base « roleplaying ». On l’impose aux joueurs pour que tous puissent se retrouver ici, ceux qui aiment se battre mais aussi ceux qui aiment « RPer ». Alors c’est vrai, la majorité des personnes sont là pour combattre à la base, mais ils sont aussi obligé de RPer et donc d’y prendre goût. En faite, il faut comprendre que le CCS fonctionnent sur environs 80 sims et chacune de ces sims ont leurs propres règles. Souvent le roleplay n’intéresse pas ces sims, c’est surtout la bagarre.
LeoMaxx Sautereau: Il est donc possible de faire évoluer son personnage sur d’autres univers que Nosgoth ?
Demonia Arliss: Oui la base de données est la même. Cola (City of lost’s angels) est la plus populaire de sims et ce sont eux qui ont inventé le CSS que nous utilisons.
LeoMaxx Sautereau: Que se passe-til si des personnages d’autres univers s’imicent dans le votre avec les différences que cela implique ?
Demonia Arliss: Au début, un simple rappel à l’ordre. Toutes les sims ont leurs propres règles. Par exemple, en CCS, Il y a beaucoup de sims « urbans » (LMS : RP avec une ambiance moderne), et nous, nous sommes une sim médiévale. Donc, nous demandons aux joueurs d’avoir une cohérence roleplay et de se changer pour ne pas faire d’anachronismes. En général, ils se changent mais parfois, nous sommes obligés de bannir ou de docker (LMS : saisir) des XP (LMS : points d’expérience).

LeoMaxx Sautereau: Aujourd’hui Nosgoth fête sa première année d’existence, quel bilan en retires-tu pour le moment ?
Demonia Arliss: Et bien, que l’on doit encore travailler sur le RolePlay. Les joueurs commencent à l’apprécier, on doit continuer notre lutte contre tout ce qui est OOC (Out Of Character : comportement incohérent avec les règles du RP). Souvent ils se disputent en sortant de leur personnage fictif. Sinon je suis très satisfaite de l’audience et la popularité de notre univers. NoS, la sim principale de Nosgoth, est la sim francophone la plus populaire en trafic, la deuxième en CCS après City of last angels et la 4eme des Sims RP sur Second Life après Toxian, NoRsim et CoLA.
LeoMaxx Sautereau: Et ce succès a-t-il des répercussions ? Des sims qui voudrait se greffer à votre univers par exemple
Demonia Arliss: Oui, au départ, nous avons loué la sim NoS au groupe D.F (Désir Flamand). Ils ne louent pas cher et il n’y a jamais de problèmes. Puis avec le succès, une deuxième sim est née, NoSGul puis Morgane Nyle a investi dans NoSgoth, elle possède 5 sims attachées à notre univers.
LeoMaxx Sautereau: J’ai entendu dire que l’univers GOR battait de l’aile, espères-tu que Nosgoth puisse un jour lui damner le pion ?
Demonia Arliss: Non, non. Les owners des sims francophones de Gor sont mes amis. Les deux univers sont différents, on peut jouer sur les deux mondes séparément. On s’entraide souvent (sourire). De plus, je trouve que ca diversifie le RolePlay francophone, notamment avec Caithris!
LeoMaxx Sautereau: le Roleplay sur Second Life est en plein effervescence, comment vois-tu ce phénomène en comparaison de MMO payants comme World of Warcraft, Age of Conan ou encore Warhammer Online ?
Demonia Arliss: C’est plus humain, je trouve. Sur les MMO, on est dans le jeu, on veut devenir le plus fort (sourire). Ici, sur Second Life, ce n »est pas forcément le cas, les joueurs veulent s’amuser et faire la fête. Donc nous organisons souvent des Events (LMS : évènements) pour animer la communauté. Comme ce soir où il y aura une grosse fête l’occasion de l’anniversaire de Nosgoth.
LeoMaxx Sautereau: As tu connaissance eu des OpenSims et d’une possible adaptation de Nosgoth sur l’une d’entre elles ?
Demonia Arliss: (réfléchis un moment) On en a parlé il y a peu avec Desir Flamand. Nous préférons rester ainsi. Personnellement, je n’ai pas trop confiance aux OpenSims. Je ne vois pas l’intérêt qu’à Linden Lab dans les OpenSims et je suis encore plus sceptique quand à la rumeur comme quoi IBM va louer des OpenSims où l’inventaire sera le même que sur les sims du réseau Second Life. Enfin, ça marche très bien ainsi et pour le moment, on ne voit pas vraiment l’intérêt (sourire).
LeoMaxx Sautereau: Demonia, pour conclure cette interview, comment vois-tu Nosgoth dans un an ?
Demonia Arliss: Plus grand ! (sourire amusé) Enfin, il risque de se passer des choses surprenantes mais pour le moment c’est secret defense !
LeoMaxx Sautereau: Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions Demonia
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Un certain nombre des photos présentes dans cet article sont tirées des œuvres de Zya Kraft. Merci à elle.